Les forêts de Haute-Marne : l’âme verte du département

Dans ce territoire parmi les moins densément peuplés de France, la forêt est omniprésente. D’après l’IGN, la Haute-Marne est couverte à plus de 38 % par des forêts, soit environ 170 000 hectares (IGN). Derrière ces chiffres, des paysages variés et vivants.

La Forêt de Dervoie et du Der-Chantecoq

Emblématique de l’ouest haut-marnais, la forêt domaniale du Der rejoignant le lac du même nom, est un havre pour la biodiversité. S’étendant sur plus de 5 000 hectares, elle mêle feuillus et résineux, et abrite une mosaïque de milieux : étangs, landes, roselières. Au fil des saisons, on observe ici le passage spectaculaire de dizaines de milliers de grues cendrées, halte migratoire lumineuse à l’automne et au printemps (Lac du Der).

  • Sentier de la Presqu’île : 7 km, accessible en famille, parfait pour apercevoir le balai des oiseaux et goûter la quiétude forestière.
  • Point d’observation de Chantecoq : tour panoramique, idéale pour l’observation ornithologique.

Les anciens villages engloutis lors de la création du lac, dont Champaubert-aux-Bois, ajoutent une dimension émotionnelle : certains vestiges sont accessibles à pied en périodes de basses eaux.

La Forêt d’Arc-en-Barrois : vaste, mystérieuse, sauvage

Au sud du département, la forêt domaniale d’Arc-en-Barrois s’étend sur plus de 12 000 hectares, et figure parmi les plus grandes de Champagne-Ardenne. Ici le hêtre domine, s’accompagnant de chênes, d’érables et de charmes.

  • Des cerfs et chevreuils croisent parfois la route des promeneurs à l’aube ou au crépuscule.
  • Balisages multiples pour la randonnée, du simple circuit familial (5 km) à la grande traversée (GR7) rejoignant la station thermale de Bourbonne-les-Bains.
  • L’hiver, la forêt prend un caractère féérique, couverte de givre : des scènes sylvestres d’une tranquillité rare.

On raconte localement qu’une hermine blanche aurait jadis élu domicile près des étangs du Barrois – une figure furtive, qui donne parfois son nom aux sentiers des environs.

La Forêt de Langres et du plateau langrois

Sur les hauteurs du sud-ouest, la forêt de Langres déploie une impressionnante couronne ligneuse, qui signe l’unité du « pays aux sept lacs ». Relativement élevée (le signal de Lincey culmine à 516 mètres), elle offre de beaux points de vue sur le plateau et les vallées du Rognon et de la Marne.

  • Circuit du Bois l’Abbé : 9 km au rythme des pierres sèches, des clochers isolés et des clairières enneigées l’hiver.
  • Curiosités naturelles : gouffres, dolines et traces d’anciens glaciers, héritage des périodes glaciaires.

Le plateau, souvent brumeux à l’automne, résonne des légendes de la ville de Langres, perchée telle une sentinelle depuis l’Antiquité.

Rivières et plans d’eau : l’eau vive, le fil discret du paysage

La Haute-Marne porte bien son nom : c’est ici, sur le plateau de Langres, que la Marne prend sa source, dans une prairie à 420 m d’altitude. Mais le territoire se distingue aussi par d’autres rivières, parfois confidentielles, et par la présence de grands lacs, refuges pour la faune et lieux de loisirs attendus.

Les sources de la Marne, de la Meuse, de l’Aube et de la Seine

Un fait singulier : la Haute-Marne abrite (ou borde) les sources de quatre grandes rivières françaises. Près de Langres, un petit balisage indique la source de la Marne à Balesmes-sur-Marne, la Meuse au mont Faucille, l’Aube à Praslay, et la Seine à Source-Seine (département voisin, Côte-d’Or, mais à la limite administratives). Ainsi, une même promenade peut, en théorie, relier ces quatre sources qui irriguent une grande partie du bassin parisien et des Ardennes (lesourcesdequatrefleuves.fr).

Les vallons de la Saulx, de la Blaise, de la Suize

  • La Blaise : elle traverse Wassy, célèbre pour la Réforme, puis court de villages en moulins, ombragée de saules et d’aulnes. Les pêcheurs y cherchent la truite fario, encore présente sur certains secteurs préservés (source : Fédération Pêche Haute-Marne).
  • La Suize : plus discrète, elle serpente entre pierre calcaire et prairies, dessinant de jolis ponts en dos d’âne, surtout autour de Chaumont. Un sentier aménagé relie les moulins d’antan, dont certains sont encore debout et accueillent de petites expositions l’été (renseignement à la Maison du Tourisme de Chaumont).
  • La Saulx : plus à l’est, elle favorise des paysages de bocage et d’étangs, parfois brumeux à l’aube, où prospèrent martin-pêcheurs et libellules.

Les lacs du Der, de la Liez et du Charmes

  • Lac du Der-Chantecoq : l’un des plus grands réservoirs artificiels d’Europe (4 800 ha), aménagé dans les années 1970 pour prévenir les crues de la Marne. Il accueille aujourd’hui 270 espèces d’oiseaux recensées et attire les photographes animaliers du monde entier (Oiseaux Lac du Der).
  • Lac de la Liez : à Langres, 290 ha, apprécié pour la baignade, la voile et la pêche. Plusieurs kilomètres de sentiers ceinturent le plan d’eau, ouverts à la randonnée pédestre et au VTT.
  • Lac de Charmes : voisin de la Liez, plus discret, il héberge une réserve ornithologique et de petits roselières, prisées des hérons.

À noter : en été, des festivals “au fil de l’eau” sont organisés sur ces lacs, mêlant spectacles vivants, concerts flottants et marché de producteurs (Tourisme Langres).

Zones naturelles protégées : trésors confidentiels de la Haute-Marne

Au cœur du département, plusieurs sites sont labellisés “Espaces naturels sensibles” ou intègrent le réseau Natura 2000. Leur mission ? Protéger tapis végétaux, habitats aquatiques, landes sèches ou prairies hautes, véritables paradis pour nombre d’espèces rares.

Le Plateau de la Montagne de Bannes

Proche de Joinville, cette ancienne carrière accueille une flore calcaire singulière. Du printemps à la fin de l’été, orchidées sauvages, anémones pulsatiles et gentianes tapissent les pelouses rases, tandis qu’au crépuscule, les chauves-souris profitent du couvert des vieux chênes. C’est aussi un site reconnu pour la présence du lézard vert, peu fréquent ailleurs en Champagne.

Les tourbières des sources de la Marne

Ces milieux humides, parfois méconnus, constituent des refuges précieux pour la biodiversité. Près de Balesmes, la tourbière accueille la linaigrette, plante rare, et plusieurs espèces d’amphibiens. Des panneaux pédagogiques jalonnent un parcours en caillebotis, permettant une découverte respectueuse (Conservatoire d’espaces naturels de Champagne-Ardenne).

La réserve naturelle nationale de la forêt de Châtillon-arc

À la frontière sud, cette réserve de près de 3 000 ha protège d’anciennes futaies de hêtres et de chênes, où vivent le pic noir, la chouette chevêchette et, parfois, le discret chat sauvage. Le printemps y est propice à la recherche des orchidées, et à l’automne, les champignons font la une : cèpes, girolles, et… quelques morilles pour les plus chanceux (source : Réserves naturelles de France).

  • Itinéraires balisés pour randonneurs avertis (plusieurs circuits entre 7 et 18 km).
  • Des animations naturalistes ponctuelles, notamment lors de la “Nuit de la Chouette”.

Plaisirs nature pour tous : conseils et bonnes pratiques

  • Les sentiers balisés sont l’occasion de découvrir faune et flore sans déranger.
  • Pensez à consulter la météo et à bien vous équiper : le plateau langrois est parfois balayé par le vent ou la brume.
  • Respectez les réserves et périodes sensibles, notamment pour la nidification des oiseaux : le mois d’avril est cruciale autour du lac du Der.
  • Pour les balades accompagnées, renseignez-vous auprès de la Maison de la Nature de Pont-la-Ville ou des associations locales, souvent relais d’une découverte “au fil du terrain”.

Une nature à partager, à préserver

Traverser la Haute-Marne, c’est emprunter des chemins où le temps se fait élastique, où la nature, bien plus qu’un décor, façonne encore l’identité du territoire. Peu de régions offrent pareil équilibre entre espaces sauvages et accessibilité : que l’on soit promeneur occasionnel, curieux du patrimoine paysager ou amateur d’ornithologie, on y trouve la promesse d’une reconnexion sincère.

Pour approfondir ou organiser vos découvertes, les offices de tourisme de Langres, Chaumont et Saint-Dizier, ainsi que le Conservatoire d’espaces naturels et les fédérations sportives départementales, mettent à disposition guides, cartes et conseils personnalisés.

L’expérience ne se vit pas seulement dans la contemplation : elle engage aussi à préserver. Chaque passage laisse une empreinte, aussi légère que possible, sur ces forêts mosaïques, ces rivières patinées de reflets, et ces étendues préservées, traces vivantes de notre patrimoine commun.

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