Le Lac du Der-Chantecoq, géant d’eau et de lumière

Le Lac du Der-Chantecoq, situé à la lisière est de la Haute-Marne (partagé avec la Marne et l’Aube), s’étire sur près de 48 km², ce qui en fait le plus grand lac artificiel de France (source : Office de Tourisme du Lac du Der). Réservoir d’eaux et de sensations, il offre des perspectives saisissantes. Pour les photographes, deux saisons se distinguent tout particulièrement :

  • L’automne : des milliers de grues cendrées s’y rassemblent lors de leur migration, offrant au lever du soleil des ballets gris perle, brume et reflets mordorés. Depuis l’observatoire ornithologique du port de Chantecoq, l’attente du passage de ces migrateurs donne souvent naissance aux plus belles images animalières du département.
  • Le printemps : la lumière rasante épouse les plages sablonneuses et recouvre d’ocre les arbres riverains. Les cygnes tuberculés glissent lentement dans les anses.

Les photographes paysagistes ne manquent pas d’inspiration : brise-lames, piquets boisés émergeant de l’eau, silhouettes de villages engloutis lors des crues contrôlées (notamment l’église de Champaubert, solitaire et vestige d’un hameau disparu).

Anecdote : chaque année, on estime que près de 75 000 grues font escale au Der (LPO Champagne-Ardenne). Un record national qui attire des photographes de toute l’Europe.

La Vallée de la Marne et les méandres secrets

Le territoire haut-marnais s’étend le long de la rivière Marne, qui façonne une vallée offrant des paysages changeants au fil des saisons et des kilomètres. La portion entre Joinville et Froncles est particulièrement appréciée pour ses contrastes. On y trouve :

  • Les berges ombragées à Froncles et Rouvroy-sur-Marne, propices aux jeux de lumière et aux reflets matinaux, notamment en automne, quand la rosée accroche les herbes folles.
  • Les falaises calcaires de Bologne à Vignory, qui se dressent de façon spectaculaire au-dessus de la vallée et composent des arrière-plans puissants pour la photographie de paysage. Vignory, petit village classé parmi les plus beaux de Haute-Marne, gagne à être photographié à la lumière dorée du soir.
  • Les écluses du Canal entre Champagne et Bourgogne jalonnent la vallée, avec leurs alignements d’arbres centenaires et parfois la brume, qui s’invite au petit matin pour des scènes évoquant la peinture flamande.

Petite histoire locale : les méandres de la Marne auraient inspiré plusieurs tableaux du peintre haut-marnais Alphonse Legros (1837-1911), natif de Dijon mais amoureux du département.

Le Plateau de Langres : horizons ouverts et pôles de biodiversité

Au sud du département, le plateau calcaire de Langres est un territoire d’altitude modérée (350 à 500 m) où la lumière semble s’étirer encore plus loin. Les paysages y alternent :

  • Les pelouses calcicoles (Pelouses sèches de la Montagne de Châtillon) : ici, en début d’été, le vert pâle des herbes alterne avec le bleu de la gentiane et l’or des hélianthèmes. On y guette les papillons rares (azurés, argus) et la pie-grièche écorcheur perchée sur les buissons, à immortaliser avec des téléobjectifs.
  • Les panoramas sur les quatre lacs (Liez, Charmes, Mouche, Forêt d’Orient) : jeux de reflets sur l’eau, bancs de brume au lever du jour, et grandes envolées d’oiseaux migrateurs.
  • L’intrigant Val de Meuse (secteur de Bourbonne-les-Bains), où la rivière creuse un sillon profond dans la mosaïque bocagère.

À noter : le plateau de Langres est l’un des secteurs les plus venteux de France, ce qui donne souvent un ciel très animé pour les amateurs de photo d’orages ou de nuages (Météo France).

La Forêt d’Exception de la Montagne de Reims : hêtraies, clairières et faune discrète

Au nord-est, le massif de la Forêt de la Montagne de Reims, labellisé « Forêt d’Exception » (label ONF), s’étend partiellement en Haute-Marne, notamment autour de Saint-Dizier et de la Tuilerie de Chevillon. Ses particularités photographiques :

  • Le sous-bois de hêtres et de chênes, où la lumière pénètre en taches diffuses, idéale pour des ambiances poétiques en matinée ou à l’automne, lorsque le sous-bois flamboie d’ocres et de rouges.
  • La faune discrète : chevreuils, sangliers, et rapaces nocturnes. Avec un peu de patience (et en respectant la tranquillité des lieux), il n’est pas rare de ramener clichés et souvenirs intimes de la wild life haut-marnaise.
  • Les champignons : près de 300 espèces recensées dans le massif, dont certaines très rares, pour les amateurs de macrophotographie (ONF).

Petite astuce : pour photographier la brume matinale qui serpente entre les fûts droits des hêtres, il vaut mieux viser les jours de grande amplitude thermique, juste avant le lever du soleil.

Les étangs et marais du Der et de la Blaise : miroirs de biodiversité

La Haute-Marne compte plus de 700 zones humides, véritables cœurs de nature. Les étangs de la Blaise (à proximité de Doulevant-le-Château, près de 2000 hectares d’eau et de roselières) accueillent de nombreuses espèces.

  • Bihoreau gris, hérons cendrés, grèbes huppés sont les stars des berges calmes, particulièrement visibles dès la fin mars.
  • Certains sites sont accessibles à pied (étang de la Hachère, mare des Pâtottes), d’autres sous escorte de guides naturalistes pour préserver la tranquillité des oiseaux.
  • Les photographes patients pourront aussi tenter d’immortaliser le balancement des roseaux sur fond de ciel orageux : une ambiance typiquement champêtre.

D’après le Parc national de forêts, plus de 190 espèces d’oiseaux différentes fréquentent les zones humides haut-marnaises dans l’année. Un chiffre qui explique leur réputation chez les amateurs d’ornithologie.

Les gorges, falaises et rivières sauvages : où chercher l’insolite

La Haute-Marne, loin d’être un plateau uniforme, réserve des reliefs escarpés et des particularités géologiques, souvent inconnues des Haut-Marnais eux-mêmes. Pour les photographes à la recherche d’angles singuliers :

  • Les gorges de la Vingeanne (secteur d’Auberive et Massif d’Échalonge) : creusées dans le calcaire, elles offrent des paysages confidentiels où la lumière joue entre mousses et rochers. Au printemps, l’anémone hépatique s’y retrouve en tapis bleu-mauve.
  • Les falaises de la Chèvre (près de Saint-Geosmes) : belvédère naturel, accessible à pied, qui domine la vallée tel un promontoire. Certains y photographient les couchers de soleil ou les silhouettes d’oiseaux de proie en chasse.
  • Le ruisseau de la Suize (vers Biesles), avec ses marmites de géant, attire les férus de photo de pose longue ou de mouvements d’eau.

Côté patrimoine, nombre de ces zones ont servi autrefois de refuge à une flore relicte (la saxifrage granuleuse, par exemple, rare et protégée). Photographier ces paysages, c’est donc aussi garder mémoire d’un patrimoine vivant parfois fragile (CBNFC-ORI).

Petite sélection d’autres lieux à explorer…

  • Le plateau d’Andelot : pour ses ciels immenses, ses alignements de haies bocagères et ses villages en pierre sèche.
  • La vallée de la Saulx : moins connue, elle offre des perspectives apaisantes sur une rivière serpentant entre prairies humides.
  • Les tourbières de Saint-Dizier : accessibles via des sentiers sur caillebotis, idéales pour observer les reflets du ciel dans la sphaigne et photographier la faune discrète des zones humides.
  • Les forêts de Doulaincourt et de Joinville : remarquable pour la richesse des essences (hêtres, chênes pédonculés, frênes) et les tapis forestiers changeants selon les saisons.

La photographie de nature en Haute-Marne : conseils pratiques et règlementation

Quelques conseils pour vivre pleinement vos escapades photographiques en Haute-Marne :

  1. Renseignez-vous sur les périodes de chasse (généralement de septembre à fin février) : de nombreux secteurs boisés sont fréquentés par les chasseurs. Les offices de tourisme et la Fédération de chasse de Haute-Marne mettent à disposition des calendriers (FDC 52).
  2. Respectez la tranquillité de la faune et privilégiez l’observation à distance (jumelles ou téléobjectif), particulièrement en période de nidification (mars-juillet).
  3. Évitez les appâts ou le nourrissage pour attirer les animaux, interdit dans la plupart des sites sensibles.
  4. Pour la macro, privilégiez les pelouses calcaires et les étangs au petit matin, lorsque l’humidité révèle les détails et que la lumière reste douce.
  5. Pour préparer votre visite : de nombreux circuits et sentiers sont détaillés sur les sites de l’Agence de Développement Touristique Haute-Marne et du Parc national de forêts.

Au fil des saisons, l’inspiration renouvelée

Chaque site naturel de Haute-Marne dévoile une facette différente selon la lumière, la météo et la saison. Photographier ici, c’est accepter de se laisser surprendre : les mêmes falaises de Vignory passeront du pastel doré à l’orage acier selon les mois. Les plages du Der, quasi désertes en janvier, s’animent d’une vie folle en mars. Et les forêts réservent toujours, pour qui sait regarder, des lumières inédites à travers le plafond végétal. Plus encore que des lieux, la Haute-Marne invite les photographes à la patience, à la discrétion, et, surtout, à la rencontre avec un paysage qui ne livre jamais tout d’emblée. C’est peut-être là sa plus grande promesse d’images.

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