Un département discret mais remarquable pour l'ornithologie

S’étendant entre Champagne-Ardenne, Bourgogne et Lorraine, la Haute-Marne surprend par sa richesse ornithologique, presque confidentielle. Sur ses 6 211 km², bocages, forêts, étangs et plaines offrent des refuges à plus de 215 espèces d’oiseaux observées chaque année (Ligue pour la Protection des Oiseaux Grand Est, 2023). Si la plupart des amateurs pensent spontanément à la Champagne humide, la Haute-Marne se révèle, à l’orée d’un chemin ou dans la lumière rasante d’un matin, un territoire d’exception pour marier randonnée et observation.

Cet article propose une sélection des meilleurs sites haut-marnais pour qui veut marcher tout en levant les yeux vers les aigrettes, busards, tariers ou milans. Entre itinéraires balisés, conseils pratiques et petites anecdotes rencontrées sur le bord du sentier, laissez-vous guider à la découverte des oiseaux du département.

Haute-Marne : un patchwork d’habitats favorables aux oiseaux

Forêts de feuillus (28% du territoire, source : IGN), prairies humides, larges vallées, plans d’eau artificiels ou naturels : chaque paysage haut-marnais accueille son cortège d’espèces nicheuses, migratrices ou hivernantes.

  • La forêt domaniale de la Montagne abrite pics noirs, mésanges boréales et chouettes hulottes.
  • Les vallées de la Saulx et de la Marne accueillent bergeronnettes, cingles plongeurs et, en hiver, le grèbe huppé.
  • Les plans d’eau (Lac du Der en limite, lacs de la Liez, du Charmes, du Morimond) révèlent une avifaune variée : cygnes chanteurs, sarcelles d’hiver, hérons pourprés, balbuzards pêcheurs.
  • Les bocages et haies traditionnelles de la région de Langres favorisent pipits, bruants jaunes et rougequeues à front blanc.

En Haute-Marne, pas de foule ni de tourisme de masse. La tranquillité des lieux profite autant aux randonneurs qu’aux oiseaux.

Les meilleurs sentiers pour la marche et l'observation ornithologique

1. Le tour du Lac de la Liez

  • Distance : env. 18 km (boucle), possibilité de tronçons plus courts
  • Dénivelé : faible
  • Accès : facile depuis Langres (parking base nautique)

Niché à quelques kilomètres de Langres, ce lac artificiel borde une mosaïque de roselières, de prairies humides et de bois. Aux abords des eaux, volent fréquemment grèbes castagneux, canards souchets et cormorans. Au printemps, les cris gutturaux du butor étoilé résonnent parfois. L’hiver, plusieurs centaines de fuligules morillons se rassemblent sur les zones dégagées de glace.

L’association Réseau des Lacs de Champagne organise régulièrement des sorties naturalistes (se renseigner auprès de la Maison du Lac). Quelques cabanes d’observation jalonnent le parcours.

Anectode locale : Un couple de balbuzards pêcheurs a niché plusieurs années d’affilée (signalé entre 2017 et 2021, observation ornithologues locaux).

2. La Réserve Naturelle Nationale de la Forêt de Charmes

  • Distance : sentiers balisés de 3 à 10 km
  • Particularité : réserve non close, respect absolu du silence conseillé
  • Espèces phares : pic noir, bondrée apivore, gobemouche noir, mésange boréale

Entre Bourmont et Andelot, la forêt de Charmes étend ses futaies de hêtres et de charmes sur plus de 3 000 hectares (ONF). C’est un royaume du pic noir, dont le tambourinement résonne en avril-mai. Sur les layons forestiers, ouvrez l’œil pour le gobemouche à collier et les parades printanières du serin cinis.

Coté pratique : quelques panneaux décrivent la faune locale, mais la quiétude reste la première consigne. Un guide proposé par la LPO Champagne-Ardenne (en téléchargement) facilite l’identification des espèces rencontrées (champagne-ardenne.lpo.fr).

3. Les marais et bocages de Saint-Dizier – Laneuville-au-Pont

  • Distance : 12 km de sentier balisé, boucle possible
  • Milieux : marais, prairies, bosquets, haies bocagères
  • Espèces stars : cigogne blanche, pie-grièche écorcheur, faucon crécerelle, busard Saint-Martin

Le nord-ouest du département, à la frontière de la Champagne humide, multiplie les petites zones humides, vestiges d’anciens marais drainés. D’avril à août, la zone attire cigognes blanches, vanneaux huppés et, parfois, huppes fasciées.

Les matins brumeux, on peut surprendre un busard cendré glissant au ras de la canopée, ou, en juin, observer la parade nuptiale spectaculaire de la pie-grièche écorcheur. Ce secteur fait partie du Réseau Natura 2000, garantissant une gestion favorable à la faune (site Natura 2000 FR2100340).

4. La vallée de la Marne de Joinville à Froncles

  • Distance : 17 km possible, découpage adapté sur le GR®7
  • Dénivelé : alternance vallonnée, paysages ouverts
  • Espèces : martin-pêcheur, cingle plongeur, héron cendré, gorgebleue à miroir (en halte migratoire)

Le GR®7 longe la vallée de la Marne sur des tronçons paisibles. L’eau vive accueille martin-pêcheur d’Europe, dont l’éclair turquoise zèbre la berge, et le discret cingle plongeur, nicheur rare en Champagne. Entre Froncles et Donjeux, des iris jaunes égayent la rive dès avril, tandis que la nuit, le chant du rossignol philomèle accompagne souvent le marcheur assidu. En automne, des haltes migratoires de canards siffleurs sont signalées.

Conseil utile : le ponton d’observation près de Vignory offre un des plus beaux points de vue pour surprendre, au lever du jour, la faune ailée à l’abri des regards.

Conseils pratiques pour conjuguer marche et observation

  • S’équiper d’une paire de jumelles légères (8×32 ou 10×42), adaptées à la marche.
  • Privilégier les départs matinaux, où l’activité des oiseaux est maximale.
  • Marcher sans bruit: baskets souples, pas traînés, éviter les cris et gestes amples.
  • Consulter les guides ornithos régionaux : “Guide des oiseaux de Champagne-Ardenne” (Ed. Delachaux), site participatif faune-champagne-ardenne.org.
  • Respecter l’éthique de l’observation : ne jamais tenter d’approcher ou de déranger les nids, ne pas utiliser d’appels audio.

Astuce locale : En Haute-Marne, de nombreux agriculteurs connaissent bien la faune locale. Ne pas hésiter à échanger quelques mots : on récolte parfois des anecdotes inestimables sur les migrations ou les espèces signalées récemment.

Le calendrier de l’observateur en Haute-Marne

  • Janvier-Mars : oies cendrées et sarcelles hivernantes près des plans d’eau, cris nocturnes des chouettes.
  • Avril-Juin : explosion de chants, migration prénuptiale, retour du rossignol, parade des grèbes, installation des cigognes blanches.
  • Juillet-Septembre : départs migratoires visibles, rassemblent de milans noirs, passage de balbuzards au-dessus des lacs.
  • Octobre-Décembre : arrivée des hivernants, massifs de pinsons du nord sur certaines plaines, passages spectaculaires de grues cendrées (plus de 30 000 recensées en halte à proximité du Lac du Der, source LPO 2022).

En-dehors des sentiers balisés, quelques fêtes locales proposent aussi des sorties ornithologiques accompagnées, notamment lors des Journées Mondiales des Zones Humides en février et lors des “Nuits de la Chouette” (coordonnées par la LPO).

Paysages et oiseaux à préserver collectivement

La diversité ornithologique haut-marnaise n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’une cohabitation attentive entre agriculture, sylviculture et préservation des milieux. En 2023, la LPO Grand Est recensait 6 espèces de rapaces nicheurs sur le secteur de Montier-en-Der (LPO GE, Bilan ornithologique 2023). Autour du Lac de Charmes, plus de 1 500 couples de hérons cendrés vivent chaque printemps dans la héronnière, témoin discret d’une bonne santé écologique.

L’observateur d’oiseaux, discret mais passionné, contribue aussi à cet équilibre : chaque signalement d’espèce rare, chaque respect de l’habitat participe à la préservation du patrimoine naturel. Ce n’est pas un hasard si la Haute-Marne accueille chaque année, au mois de novembre, le “Festival de la Photo Animalière” de Montier-en-Der, rendez-vous international réputé où se croisent scientifiques, photographes et curieux.

Il suffit d’un pas sur le bon sentier pour croiser oiseaux rares et paysages paisibles. La Haute-Marne, loin des clichés, s’explore ainsi : à plume, à pied, au fil des chemins et des saisons.

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