Dans le bocage haut-marnais, la mobilité solidaire se réinvente : plusieurs acteurs portent des solutions de transport afin de désenclaver les villages autour de Villiers-en-Lieu.
  • Le transport à la demande départemental, proposé par la Région Grand Est et la Communauté d’Agglomération Saint-Dizier Der & Blaise, assure des navettes sur réservation pour relier les communes aux centres urbains.
  • Des associations locales telles que l’ADMR ou la Croix-Rouge assurent un accompagnement individualisé, souvent pour raisons médicales ou sociales, grâce à des bénévoles engagés.
  • Des dispositifs d’entraide entre habitants, parfois organisés par les mairies ou via des plateformes numériques locales, favorisent le covoiturage rural et les petits trajets.
  • Le rôle moteur de certains établissements publics (Maisons des Services au Public, CCAS) pour centraliser les informations, proposer un accompagnement administratif, voire prêter des véhicules.
  • L’émergence de solutions innovantes, dont l’expérimentation de flottes de vélos ou voitures partagées, adaptées à la topographie et aux besoins locaux.
Des conditions d’accès spécifiques, des exemples concrets, des anecdotes de terrain et un regard sur les évolutions possibles de ces services dessinent les contours d’une mobilité solidaire adaptée à la ruralité haut-marnaise.

Mobilité solidaire : pourquoi et pour qui ?

Le territoire autour de Villiers-en-Lieu est le reflet d’une ruralité vivante mais marquée par l’éloignement des pôles urbains : Saint-Dizier est plus proche qu’on ne croit, mais sans voiture ou en cas de fragilité, chaque déplacement devient une petite épopée. Selon l’INSEE, en Haute-Marne, plus de 20 % des ménages n’ont pas d’accès direct à un véhicule particulier (source : INSEE, 2020). Les publics concernés ? Personnes âgées, jeunes sans permis, familles modestes, travailleurs en horaires décalés… et tous ceux pour qui le simple fait d’aller à la pharmacie, au marché ou au pôle emploi relève du parcours du combattant.

Le transport à la demande (TAD) : la colonne vertébrale du déplacement rural

La Région Grand Est, avec le soutien de la Communauté d’Agglomération Saint-Dizier Der & Blaise, propose un service de transport à la demande (TAD) ouvert à tous les habitants des villages autour de Villiers-en-Lieu. L’idée est simple, mais précieuse : plutôt qu’une ligne régulière désertée, les bus ou minibus n’effectuent le trajet que sur réservation, en desservant les communes rurales à horaires fixes certains jours (généralement en matinée, parfois en après-midi).

  • Comment ça marche ? On réserve la veille (jusqu’à 17h), par téléphone ou internet (proxim’iti.ginkonet.com ou centrale d'appel régionale) ; le véhicule passe à l’arrêt du village ; on rejoint Saint-Dizier, Joinville ou Vitry-le-François selon les lignes, pour un tarif réduit (généralement 2 € par voyage).
  • Pour qui ? Ouvert à tous, sans conditions d’âge ; conseillé particulièrement pour les personnes sans véhicule ou ayant des difficultés à se déplacer.
  • Fréquence : Le service tourne entre 1 et 3 jours par semaine selon la commune.
  • Infos pratiques : Les horaires et arrêts sont consultables sur le site de la communauté d’agglomération www.saintdizierderetblaise.fr.

À noter : l’accès aux services médicaux figure parmi les premiers motifs de réservation. Un habitant de Moëslains racontait récemment, dans la file d’attente de la pharmacie de Saint-Dizier, que « sans le bus à la demande, il faudrait demander à la fille d’emmener en auto, et ce n’est pas toujours possible ».

Associations et bénévoles : solidarités de proximité au volant

Le tissu associatif haut-marnais joue un rôle discret mais essentiel.

  • ADMR (Aide à Domicile en Milieu Rural) : Propose un service de transport accompagné, organisé par et pour les habitants, avec des bénévoles. Cela permet d’accéder à un rendez-vous médical, à des courses, à une démarche administrative. Accessible sur inscription, avec participation aux frais (variable selon la distance).
  • Croix-Rouge Française : Son équipe locale propose un « transport solidaire », sur adhésion, pour les personnes en situation de fragilité ou d’isolement social.
  • CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) : Plusieurs communes, dont Villiers-en-Lieu, organisent ou subventionnent du transport pour les seniors ou les personnes handicapées (minibus partagé ou réservations groupées).

Une bénévole de l’ADMR confiait récemment, lors d’une réunion au foyer rural : « On fait 40 km pour emmener une dame chez le dentiste, on en profite pour lui faire son marché… Ces trajets, c’est aussi du lien, de la confiance. »

Entraide entre habitants et covoiturage rural : solutions d’ici, initiatives citoyennes

La mobilité, c’est aussi une question d’entraide toute simple. Beaucoup de villages alentour (Éclaron, Saint-Eulien, Humbécourt…) alimentent des groupes d’échange sur Facebook ou WhatsApp pour organiser des covoiturages spontanés : « J’ai une place vers la gare… quelqu’un a besoin ? » Certaines mairies poussent l’initiative plus loin en listant les personnes « réservistes » pour de petits trajets ou en affichant les offres/demandes à la mairie ou dans le bulletin local.

  • Covoiturage Grand Est : Plateforme régionale (covoiturage-grandest.fr), adaptée aussi aux trajets courts et quotidiens.
  • Plateformes locales ou initiatives éphémères : Parfois, lors d’événements (fête du village, marché aux fleurs), les bénévoles du comité organisent un plan de covoiturage entre hameaux.

Ce réseau d’entraide, moins structuré mais très vivant, est vital pour les personnes âgées isolées ou les jeunes apprentis qui n’ont pas encore le permis. Il n’est pas rare que la solidarité naisse d’un coup de sonnette ou d’une petite affichette à l’arrêt de bus rural.

Rôles des Maisons des Services au Public (MSAP) et relais d’information

Accéder à l’info, c’est parfois aussi compliqué que faire le trajet ! La MSAP de Saint-Dizier, tout comme certains Points d’Accueil d’Information de Joinville ou Montier-en-Der, jouent un rôle pivot.

  • Aide à l’inscription sur les plateformes de transport à la demande ou de covoiturage
  • Orientation vers les bons contacts associatifs ou publics
  • Accompagnement à la constitution des dossiers d’aide à la mobilité (bourse au permis, aide financière…)
  • Mise en relation avec des dispositifs d’auto-partage ou de location sociale de véhicules (minibus municipaux, prêts de voiture à tarif solidaire)

Un agent expliquait avoir accompagné un jeune habitant de Louvemont, en contrat d’alternance, pour obtenir une location de voiturette à prix modeste grâce à un partenariat local (source : MSAP Saint-Dizier, témoignage recueilli lors d’un atelier mobilité, 2023).

Des essais et projets innovants : véhicules partagés, flottes solidaires et vélo rural

La mobilité solidaire ne cesse de se réinventer. Plusieurs expérimentations voient le jour ou sont à l’étude.

  • Vélos à assistance électrique en prêt : Certaines communes, comme Laneuville-à-Rémy, testent le prêt gratuit ou à faible coût de vélos électriques pour des trajets domicile-école, domicile-emploi, ou tout simplement pour aller au marché.
  • Voitures partagées de solidarité : Soutenues par la Région Grand Est (fonds “Mobilité rurale”), de petites flottes de voitures partagées (location à la demi-journée, titres prépayés) sont en cours de déploiement dans plusieurs villages pilotes du bassin de vie de Saint-Dizier.
  • Expérimentations publiques/privées : Des entreprises locales testent des navettes entre sites industriels et villages à la demande (initiative portée avec l’UIMM, 2022-2023).

La topographie, le climat et la longueur des trajets en Haute-Marne rendent cependant ces options complémentaires, jamais universelles. Mais leur simple existence symbolise la vitalité des réseaux d’acteurs locaux et l’esprit d’innovation du territoire.

Quelques limites et défis à relever

Les habitants comme les opérateurs le disent : la mobilité solidaire rurale, c’est beaucoup d’énergie, de coordination et parfois le passage obligé par des structures administratives. Le non-recours aux droits (beaucoup de personnes ignorent l’existence ou les conditions d’accès aux services), la difficulté de pérenniser le bénévolat ou le renouvellement de véhicules, autant de sujets sensibles. Certains évoquent aussi le besoin d’élargir les plages horaires (samedis, début de soirée…) et de simplifier la réservation, pour rendre le transport à la demande vraiment accessible à tous les rythmes de vie.

Regard d’avenir : vers une mobilité plus fluide et inclusive ?

Le paysage haut-marnais laisse entrevoir de belles marges de progrès. Mutualiser encore davantage les moyens, multiplier l’information en direction des plus fragiles, favoriser la mixité des publics dans les véhicules : autant de pistes ouvertes. La dynamique associative, la réactivité des élus et l'appui des collectivités sont le socle de cette mobilité qui relie, réconforte et donne accès à davantage de liberté.

Les nappes de brume sur le canal, les discussions animées sur les banquettes des minibus ou la joie discrète d’une voisine raccompagnée chez elle témoignent d’une énergie commune : celle qui change la vie, tout simplement, un trajet après l’autre.

Sources : Région Grand Est, Communauté d’Agglomération Saint-Dizier Der & Blaise, ADMR Haute-Marne, Croix-Rouge Française, INSEE, témoignages locaux (réunions publiques et ateliers MSAP 2022-2023), www.saintdizierderetblaise.fr, covoiturage-grandest.fr.

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